
On m'avait prévenu. C'était l'une des premières à surmonter. Je m'y étais préparé mentalement, physiquement. L'épreuve du café sans cigarette m'attendait au tournant. Mais l'épreuve du matin sans café n'aurait fait que doubler la difficulté.
Sur la table du living trônent deux dernières tiges. Deux Lucky, fraîches comme la rosée, prêtes à fumer. Deux élèves qui attendent pour partir à l'école. Je les nargue ouvertement. Le café coule dans les tasses. L'odeur du robusta guatémaltèque développé durablement s'insinue dans mes narines. Une à une, chaque cellule de mon corps se prépare au délicieux alliage de la nicotine et de la caféine. Le shoot matinal auquel je m'étais habitué depuis de nombreuses années. Le seul moyen de mettre mon cerveau en ébullition après une nuit entière de fictions éprouvantes, de thrillers débiles, de mélodrames suintants, d'images étranges oubliées dès la première sonnerie de réveil.
J'ai bu une gorgée. Puis deux. J'ai regardé les Lucky perdues dans leur grand cartable. J'ai tendu une blonde à ma brune. J'ai pris l'autre entre mes index et mes pouces. Nous nous sommes regardés. En un coup sec, feutré, évanoui, les cigarettes se sont brisées en deux. Des miettes de tabac se sont répandues sur la scène du crime. Ce n'était pas si dur. Le café a un goût de solitude désormais.

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