jeudi 13 novembre 2008

3e jour


Je me suis inscrit sur stobacco. ici
J'ai téléchargé tous les pdf du site de l'INPES. ici
J'ai relu des passages du livre d'Allen Carr.
J'ai changé mon statut facebook : "j'arrête la clope".
J'ai prévenu tout le monde autour de moi : ma mère, mes frères, mes amis.
En fait, j'ai fait l'inverse de ce que j'avais l'habitude de faire quand j'arrêtais. J'ai alerté la terre entière pour envisager l'arrêt comme un défi. Comme un grand challenge dont tout mon entourage est témoin. Avant, je ne le disais à personne. Je me cachais. J'avais honte en avance de ne pas réussir. Peur qu'on se moque de moi en cas de défaite. Qu'on me montre du doigt. C'est horrible à dire mais je crois que la nicotine y est pour beaucoup. C'est elle qui me faisait penser comme un maniaque. Un psycho-killer. Qui me faisait échafauder des stratagèmes diaboliques pour me convaincre que je pouvais tirer une taf de temps à autre sans que ça me redonne envie de fumer. Qui me poussait à me sentir mal pour pouvoir m'entendre dire : "tu as passé une journée difficile. Tu as eu plein de mauvaises nouvelles. Ta vie est vraiment compliquée. Tu as le droit à UNE cigarette pour te détendre. De toutes façons, personne ne saura que tu as fumé."
Il paraîtrait qu'il est aussi dur d'arrêter la nicotine que l'héroïne. Quand on se rend compte de l'effet que l'arrêt provoque sur le conscient et le sub-conscient, on veut bien le croire.
Bref, j'ai pris tout le monde à parti. Je cherche des partenaires.
Figurez-vous que je suis impressionné par la quantité de réponses que j'ai eu autour de moi. Des encouragements, des conseils, des questions, des félicitations. Mon challenge est devenu celui d'une dizaine de personnes. Il y a même de parfaits inconnus, ceux avec qui on est amis sans savoir pourquoi sur internet, qui me laissent des messages profondément amicaux.

mercredi 12 novembre 2008

2e jour



On m'avait prévenu. C'était l'une des premières à surmonter. Je m'y étais préparé mentalement, physiquement. L'épreuve du café sans cigarette m'attendait au tournant. Mais l'épreuve du matin sans café n'aurait fait que doubler la difficulté.
Sur la table du living trônent deux dernières tiges. Deux Lucky, fraîches comme la rosée, prêtes à fumer. Deux élèves qui attendent pour partir à l'école. Je les nargue ouvertement. Le café coule dans les tasses. L'odeur du robusta guatémaltèque développé durablement s'insinue dans mes narines. Une à une, chaque cellule de mon corps se prépare au délicieux alliage de la nicotine et de la caféine. Le shoot matinal auquel je m'étais habitué depuis de nombreuses années. Le seul moyen de mettre mon cerveau en ébullition après une nuit entière de fictions éprouvantes, de thrillers débiles, de mélodrames suintants, d'images étranges oubliées dès la première sonnerie de réveil.
J'ai bu une gorgée. Puis deux. J'ai regardé les Lucky perdues dans leur grand cartable. J'ai tendu une blonde à ma brune. J'ai pris l'autre entre mes index et mes pouces. Nous nous sommes regardés. En un coup sec, feutré, évanoui, les cigarettes se sont brisées en deux. Des miettes de tabac se sont répandues sur la scène du crime. Ce n'était pas si dur. Le café a un goût de solitude désormais.

mardi 11 novembre 2008

1 er jour

Ca y est. Je viens d'écraser la dernière. Avec ma fiancée, nous avons décidé d'arrêter ensemble. Le 11 novembre. Le jour de l'armistice. Comme pour signer la paix avec nous-mêmes. Elle n'était même pas vraiment bonne. C'était une cigarette de grande conversation, une de celles qu'on fume machinalement parce qu'on parle en s'emportant et qu'on a besoin d'avoir quelque chose au bout des doigts pour se donner de la consistance. Parce qu'on tire aussi dessus quand on ne sait pas quoi dire. Une cigarette comme une torche qu'on brandit face à ses assaillants.
Elle n'a pas été dure à éteindre. Elle s'est noyée dans un cendrier débordé. J'ai bu une gorgée de vin. Je vais me coucher à côté de ma blonde teinte en brune. Une dernière volupte s'échappe et s'envole dans la nuit parisienne. Dehors, les éboueurs s'activent déjà. Je les imagine jeter des sacs poubelles dans le derrière des camions verts en fumant instinctivement leur mégot qu'ils projettent d'une pichenette dans le caniveau. Dans l'eau souillée la cendre grésille puis s'éteint. Mes yeux se ferment.